Poème pas génial mais généalogique

le prix à payer c’est diluer nos larmes
dans huit litres de vin
et treize de crème au caramel
les bacs de glace serviront de nasses à secrets

les dates à empiler
les photos perdues la faute à qui
astiquer le moulin à café cassé
c’est le prix à payer

les t’aimes pas
tu finis pas ton assiette
les moues interrogatives comme des attrapes-mouches
c’est le prix à payer

les souvenirs cadenassés
devoir péter la serrure
et défoncer la rouille
c’est le prix à payer

frotter la moisissure généalogique
dévisager Fidèle qui a sa gueule en peinture
dans le salon
gratter le vernis jusqu’au cœur
c’est le prix à payer

forcer la porte de la mémoire
réessayer cent fois
voler les noms
de Lili le Bosco
celui qui voulait pas sortir de sa cabine
parce qu’il buvait trop
Anne-Marie du Guilvinec
raide comme sa coiffe
Francis crevé la jambe coupée
sous la micheline
dans le froid de la guerre
tout au bout de son sang

et Fachoda pas facho pour un sou
le drapeau rouge à l’enterrement
l’internationale dans la bouche des pêcheurs
et Dagorn et Gaonac’h
qui dorment dans la tête de mes vieux
pharaons de misère imbibés d’encre

j’en pleure tant
que mes yeux sont des îles flottantes
mais c’est le prix à payer
j’ai chopé les amarres des louzoù de famille
et je ravitaille ici toutes les heures
dans la crique de ma vie
nos marins chagrins
de seaux salés de pleurs

mon grand-père se trale vers l’avant
quand il va voir la mer
il marche trop vite
suit le temps qui se barre
le disque dur de son crâne se formate à l’envers

ils doivent bien se marrer
de l’autre côté
à nous voir chialer vingt-et-un litres
c’est le prix à payer peut-être
pour leur donner des petites mers
sur lesquelles se perdront
demain
nos filles et nos fils

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